PRESSE

 



TELERAMA
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Ça arrive, mais c'est rare : un disque sorti de nulle part qui vous sidère. Leinicha est l'oeuvre de deux inconnus en France. En Suisse, Chloé Lévy, jeune chanteuse américaine helvétisée, et Yannick Délez, pianiste vaudois, ont participé à de nombreux projets (le groupe Piano Seven - sept pianos à queue sur scène - pour Délez). Ce duo-là évoque, dans l'esprit, The Newest Sound around, qui, en 1962, révéla Jeanne Lee et Ran Blake. Il rappelle aussi Susanne Abbuehl. Une musique des bords, de l'entre-deux, une musique d'ailleurs, frangée de mystère et de rêve, ni mer, ni lac, ni rivière, mais dont la liquidité est celle de l'imaginaire. Une musique féminine, mais ni maternelle, ni sororale, ni filiale, ni éthérée. Immatérielle comme le rêve, mais d'une présence irrécusable, avec des formes et des couleurs comme intensifiées.

A l'écoute de la seule « chanson » du disque, My funny Valentine, réharmonisée dans le sens de l'épure, on mesure l'originalité du duo, avec cette voix qui cabriole entre le suraigu, le médium, le grave, sans transition, ce piano d'une impeccable rigueur. Leur fantaisie ailée est sensible dans Opossum, qui doit quelque chose au Chick Corea de Return to Forever. Queen of Sydney ressuscite le souvenir du groupe Oregon. On passe d'émerveillement en émerveillement. Tout est donné avec délicatesse, pudeur, poésie et hyperprofessionnalisme. Quelque chose, décidément, arrive au jazz.
Michel Contat

Michel Contat

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JAZZMAN ****

CHRONIQUES DU JAZZ VOCAL
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Finalement, c'est le fruit d'une rencontre entre une chanteuse américaine et un pianiste suisse qui nous a le plus seduit. Le travail sur les résonnances harmoniques de Chloe Levy et Yannick Delez dans "Leinicha" nous amène dans un univers poétique dont on sort bouleversés. Ici un supplément d'âme qui fait tant défaut ailleurs...

Jean-Marc Gelin

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CITIZEN JAZZ

Les amoureux et amoureuses des chanteuses hors format telles Mlles Suzanne Abbuehl, Sidsel Endresen et Claudia Solal seront foudroyés par Chloé Lévy, sa voix évidemment, ses compos, ses (rares) reprises et son sublime pianiste. Allergiques à la poésie, aux paysages gris-bleu et à la délicatesse s’abstenir. On y reviendra...

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VIVA LA MUSICA

Etre enregistré au Rainbow Studio, où l’ingénieur du son Jan-Erik Kongshaug a forgé le son ECM, est déjà une bonne recommandation pour un disque. Un rêve de nombre de musiciens. Mais une fois le rêve passé, la réalité du produit s’impose et celui-ci... est un très bon produit, car les rêves et les rêveries de Chloé Lévy et de Yannick Délez s’y manifestent, ils sont même contagieux. En d’autres mots,votre serviteur se dit touché. Touché par la grâce et le gracile d’un duo voix féminine-piano qui fournit une nouvelle preuve de sa maîtrise du son, du silence, de l’entre-deux, de tenir en haleine quiconque suit ce disque, en se plaçant et en vous plaçant sur un nuage: entre la voix éthérée de la chanteuse et le piano incisif mais oh combien léger du pianiste. On serait tenté d’admettre ne pas savoir à quel sein se vouer, mais on le sait bien: au sein de la musique qui nous est proposée. Tantôt elle rappelle, mais avec beaucoup d’à propos et d’originalité, le Chick Corea de Return To Forever versant classique – écoutez «Petit voyage matinal» de Xavier Good ou «Opossum» de Michel Bastet; tantôt elle éclate sans fracas en mille reflets moirés-changeants-répétitifs en même temps: la longue figure ostinato de «El choral», «Concave» et «Convexe», tous de Yannick Délez. Une chanson nord-américaine, «My Funny Valentine», la poignante mélodie de Richard Rodgers avec les belles et ironiques paroles de Lorenz Hart («Tu as l’air dérisoire,/ Impossible à prendre en photo,/ Mais tu es mon œuvre d’art préférée»), réharmonisée par Michel Bastet pour la rendre flottante-planante avec, à la fin, une touche d’Eric Satie haute ment satie-sfaisante; et «Queen of Sydney» de Paul Mccandless (se rappelle-t-on le groupe Oregon?). Les deux chansons nous livrent un condensé du chant de Chloé Lévy dont la voix ne se pose jamais, car elle plane, elle vole, elle tournoie, elle ne cesse de parcourir son étendue, le tout avec une sorte de réserve, de pudeur. Yannick Délez semble s’être accordé pour toujours vous propose quelques exercices rythmiques: à cette voix féminine et lui aussi rend constamment hommage au silence. Même quand il s’attaque à un thème comme «Leïnicha», (Chloé Lévy), lent, sombre et parsemé de dissonances comme calculées au millimè tre, plein d’espace et de silence: la voix de Lévy ébauche le thème au début et cède la place au piano; la voix revient en des suraigus cristallins pour, sur d’inlassables arpèges du pianiste, se faire plus grave, après quoi elle ne fait que des incursions ponctuelles, de nouveau dans le suraigu. On se dit que nos deux artistes ont eu pleinement raison de titrer le CD d’après ce morceau. Pour vous mettre en appétit sonore, je me permets de traduire les paroles d’une chanson de Chloé Lévy, «Ashes» (Cendres): «Cendres, petites cendres, vous m’avez l’air «Cendres, petites cendres, vous m’avez l’air de restes brillants et tristes d’une lumière disparue / Vous me montrerez des espaces vides, pleins de grâce, créant un large scintillement, / Le fantôme mouvant que j’attends. / Fermés, mes yeux semblent écouter le chemin, je tombe dans la vie / Blessée, je me remets debout vraiment vite, aveugles, mes oreilles cherchent une pointe de lumière connue./ Un combat florissant.» «Ashes, little ashes you seem to me bright sad proud remains of a missing /You will show me empty spaces, full of grace, creating a wide sparkle,/the moving ghost I’m waiting for./Closed my eyes seem to hear the path, I fall in life/Hurt I stand up real fast, blind my ears look for a known crack of light./A blooming fight.»

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TRIBUNE DE GENEVE

BEAU DUO

Chloé Lévy et Yannick Délez portent l'art du duo jazz vers des sommets de poésie. A 35 ans, le pianiste valaisan a entraîné la chanteuse d'origine new-yorkaise tout là-haut, dans ce studio Rainbow d'Oslo où le label ECM a créé le son irisé qui l'a rendu célèbre. Yannick Délez y
déploie une ferveur mélodique inépuisable, Chloé Lévy une présence susuréee, sidérante d'audace et de sensualité.

Lucas Sabbatini


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NOUVELLISTE

JAZZ A L'UNISSON

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Lyrisme, plénitude, espace et pureté. Ce sont les mots qui viennent naturellement à l'esprit à l'écoute de «  Leinicha ». L'album du duo Chloé Lévy et Yannick Délez, enregistré en novembre au studio Rainbow d'Oslo avec Jan Erik Kongshaug à l'enregistrement vient d'être porté sur les fonts baptismaux. Le duo le propose sur scène ce samedi à la Ferme-Asile. «  Jan Erik a enregistré des disques qui nous ont beaucoup influencés. De l'avoir pour cet album c'est comme si nous avions fait un film et que nous avions pu choisir le directeur de la photographie », explique Chloé Lévy. La jeune vocaliste - elle est née à New York - a été lauréate du concours pour solistes Let's Jazz Together. La rencontre avec le Martignerain Yannick Délez s'est faite à l'école de Jazz et de musiques actuelles de Lausanne. Chacun ayant ses propres formations, Piano Seven pour Délez, Kéa pour Lévy entre autres, l'idée du duo est venue plus tard. Couple à la ville, Délez-Lévy ne cherchaient pas à être couple sur scène. «  Nous voulions trouver le bon moment pour monter un groupe ensemble », note la chanteuse.

Ils l'ont certainement trouvé, tant «  Leïnicha » respire la fusion de deux musiciens au même tempérament, se mariant par l'alchimie de la voix et du piano. L'idée du duo ne s'est même pas imposée à eux, elle était naturelle. Un autre instrument dans cette pure symbiose n'aurait été que superfétatoire. On a l'impression que Jan Erik Kongshaug n'a eu qu'à poser les micros pour capter cette atmosphère. «  Je suis très pointilleuse sur la qualité du son. Et souvent je me bats avec les ingénieurs. Et là au Rainbow studio, dès le départ, la balance était parfaite, le son était parfait. » Parce que certainement ce qui se passait devant le micro était parfait... Pour preuve l'appropriation de « My Funny Valentine » en état de grâce par l'arrangement de Michel Bastet. Doigté au réminiscences étonnamment classiques et voix se jouant des octaves, «  Leïnicha » a la pureté de la sincérité.

Didier Chammartin


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24 HEURES

NE PLUS FAIRE QU'UN


Chloé Lévy et Yannick Délez entre l’eau et le ciel, à l’image de Leinicha album entrelaçant une chanteuse qui ne manque pas d’air et un pianiste très fluide. DR |


La réunion de deux musiciens qui se sont embarqués en autodidacte. «Créer de la musique, c’est devenir un, se mêler dans un son, une entité», confie la chanteuse. Commençons tout de même par séparer les destins.
Née à New York, Chloé Lévy s’est mise à chanter à la maison sur des disques de R & B et de soul contemporains, avant de s’intéresser aux productions des années 1960. On la retrouve dans les chœurs des premiers albums du groupe de rap Double Pact mais, très vite, les musiques électroniques l’ennuient. «Trop peu nourrissant émotionnellement…» Pour chasser «plus profond», elle ressent le besoin de «ne pas subir, de fouiller». Elle prend des cours à l’EJMA et joue avec Michel Bastet, pianiste qui lui a beaucoup appris et auquel son dernier album rend hommage avec le standard My Funny Valentine, interprété sur les arrangements du Genevois.

Quant à Yannick Délez, il a d’abord embouché une flûte à l’âge de six ans avant de s’attabler au piano à l’adolescence, explorant pendant huit ans le clavier sans aide extérieure. «Une pratique en solitaire qui génère son lot de mauvaises habitudes mais qui permet de découvrir des combines, de trouver un jeu qui ne soit pas formaté», se souvient ce pianiste intense originaire du Valais, parti soigner sa solitude du côté de Piano Seven dont il est membre depuis 2000. Sans surprise, son premier album sous son nom, Rouges (2003), était dévolu à l’exercice du solo. L’autodidacte est pourtant devenu prof et enseigne à l’EJMA de Lausanne.
Côte à côte

Chloé Lévy et Yannick Délez sont désormais côte à côte, dans la vie, où ils habitent ensemble à St-Prex, sans voisins pour se plaindre de leurs répétitions continuelles, et en musique, sur Leinicha, album envoûtant d’un duo que l’on sent en entente étroite. Trois jours d’enregistrement à Oslo dans le studio de Jan-Erik Kongshaug, ingénieur du son attitré du prestigieux label d’ECM. «On voulait sa patte d’artiste», convient Yannick Délez tandis que Chloé Lévy se rappelle que «dix minutes après être entrés dans le studio, le casque sur les oreilles, et le son était déjà génial».

«Il a enregistré un disque fabuleux de Jarrett en 1972 déjà, mon année de naissance», souffle le pianiste. «Il a une vie d’avance sur nous», renchérit la chanteuse. Kongshaug a donc joué le rôle de troisième élément, «transparent», pour ce disque composé d’air et d’eau, qui laisse jaillir les ruisselets bondissants, hypnotiques du piano et les courants vifs d’une voix qui plane et tourbillonne tour à tour.

Le duo n’est pas venu les mains vides, étudiant avec soin les compositions – pour la plupart originales – de son répertoire avant de se lancer. Avec ses vertiges vocaux – ces «risques indissociables de l’expression» pour Chloé Lévy – enserrés par les filets d’un piano acharné, Leinicha dévoile des remous, des cascades et des bourrasques comme des secrets libérés à ciel ouvert. «Nous visions la perfection mais dans la fragilité: exprimer quelque chose d’humain, pas de plastifié, sans aspérité», revendique Yannick Délez. Démarche accomplie avec une force de conviction tout aérienne. ?

Boris Senff


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